Considérations esthétiques à partir des correspondances

Le blog Projections est un projet collectif créé à l’initiative d’étudiants en lettres modernes à la même université. Ils proposent des articles intéressants dans une interdisciplinarité. Il s’agit d’un bel exemple d’universitaires profitant de la diffusion permise par la plateforme du web pour se faire connaître et partager leurs connaissances dans un cadre convivial. Cet article témoigne de la rencontre possible entre les différents champs des sciences humaines, là où littérature et histoire de l’art peuvent s’enrichir mutuellement.

De plus, le blog est extrêmement rigoureux, comme en témoigne cette étude des correspondances de Van Gogh qui reprend les lettres qu’il a échangé avec son frère Théo: “Vincent Van Gogh, l’impossible embrasement – Considérations esthétiques au départ de la correspondance avec Théo” Chaque lettre est référencée et l’auteur propose même des indications de lecture pour un visiteur qui souhaiterait poursuivre ses recherches sur l’artiste.

L’auteur a un style très littéraire et se permet parfois des envolées lyriques: ” (…) la terre absorbe sans broncher les bouillons de sang du peintre qui, muet, la panse trouée, regagne l’auberge des Ravoux, place de la Mairie.[1]” mais cela ne rend la lecture que plus agréable et permet au visiteur du site d’être immédiatement interpelé par la sombre histoire du peintre. L’auteur parle du frère mort-né de Van Gogh un an avant sa naissance et duquel Vincent tira son nom. Il reconnait dans la correspondance de l’artiste un manque structural et incomblable qui ne guérira jamais, incarné selon le blogueur par le tableau La chaise de Vincent avec sa pipe dont nous avons déjà parlé. C’est par le travail du “réel” que  Van Gogh tentera de définir sa personne, la parole seule ne parvenant pas à exprimer sa béance.

Vincent's chair with his pipe, Huile sur toile,  93.0 x 73.5 cm. Arles, 1888, Source: http://www.vggallery.com/painting/p_0498.htm, (Consultée le 14 avril 2013)

Vincent’s chair with his pipe, Huile sur toile,
93.0 x 73.5 cm.
Arles, 1888, Source: http://www.vggallery.com/painting/p_0498.htm, (Consultée le 14 avril 2013)

Alors qu’on voit qu’il rêvait parfois d’une “vie idéale et pas réalisable”, on  voit que pour Vincent, vie artistique et vie mondaine font deux et ne sont pas compatibles. Cela rejoint ce que l’on avait vu lors de l’analyse des cyprès, ces arbres et lui se tenant à l’écart de la société. Il s’isola d’ailleurs dans la solitude, concentré sur ses recherches picturales. Il sera alors peu à peu marginalisé, ayant fait peut-être preuve de trop de zèle dans ses démarches pour rester au sein de toute communauté.

L’auteur interprète finalement les mutilations de Van Gogh comme la manifestation d’un rejet de sa chair qui devient handicapante dans ses recherches de définition ontologique de lui-même. Il rappelle ainsi un incident plus rarement évoqué, soit lorsqu’il aurait plongé sa main dans les flammes en 1881  puis 7 ans plus tard la section de son oreille. L’auteur ferme donc la boucle en reparlant du suicide évoqué au début du texte: ce serait donc la manifestation de son désir de tendre vers cette connaissance de lui-même empêchée par un attachement terrestre par le corps.


[1] Matthias De Jonghe, “Vincent Van Gogh: L’impossible embrasement”, Projections, 27 octobre 2011 [En ligne] Disponible sur http://revueprojections.wordpress.com/2011/10/27/vincent-van-gogh-limpossible-embrasement-considerations-esthetiques-au-depart-de-la-correspondance-avec-theo/, (Consulté le 14 avril 2013)

Expositions virtuelles

Aujourd’hui de plus en plus de musées mettent leurs collections en ligne et proposent des visites virtuelles des expositions permanentes et temporaires. C’est une possibilité unique pour les gens qui n’ont ont pas accès à un certain musée (par exemple, si ils sont à l’étranger) s’y rendre via l’ordinateur. En plus, les visites des expositions passées peuvent servir comme un complément utile aux catalogues d’exposition. Bref, les visites virtuelles sont un atout des Digital Humanities qui permet d’évaluer le contenu d’une expo sans sortir de chez soi.

Nous avons déjà parlé de Google Art Project dans notre blog. C’est un logiciel qui propose à visiter plus de 70 musées membres du projet. Chaque année des nouveaux musées autorisent la numérisation de leurs collections. Van Gogh Museum est également disponible sur Google Art Project.

L’interface du site est simple et pratique. Le visiteur peut facilement se déplacer dans la salle, s’approcher et s’éloigner des peintures. On peut visiter tous les étages, voir les tableaux à partir des distances différentes et de toutes les prises de vue. En plus, en appuyant sur telle ou telle œuvre on peut la voir en plein écran ainsi qu’avoir sa notice.

Van Gogh Museum, Google Art Project, museum view

Van Gogh Museum, Google Art Project, museum view

Les expositions virtuelles sont une invention très pratique qui permet de visiter des musées de tout le monde depuis l’ordinateur. Cependant, les visites virtuelles ne sont pas encore disponibles pour la plupart des musées. Par exemple, la visite de l’exposition Van Gogh, rêves de Japon à la Pinacothèque de Paris est une vidéo. Cela n’a rien à voir avec Google Art Project car on ne peut pas se déplacer librement dans le musée. Toutefois, les musées commencent à mettre les visites virtuelles sur leurs sites car l’importance et l’avantage de la numérisation du contenu des expositions est incontestable. Bientôt nous pourrons visiter n’importe quel musée dans le monde sans sortir de chez soi.

Par Julie Maksimova


Van Gogh Museum, Google Art Project, disponible sur http://www.googleartproject.com/collection/van-gogh-museum/museumview/, consulté le 14/04/2013

La philosophie de Vincent Van Gogh

Vincent Van Gogh est mondialement connu comme un peintre fous qui s’est coupé l’oreille et qui s’est suicidé. Pourtant on oublie souvent que Van Gogh était également un érudit et un grand philosophe. Il lisait de la littérature française et étrangère, des classiques et des auteurs modernes. Dans les lettres de Van Gogh on peut suivre ses réflexions philosophiques et théologiques. Helen J. Dow essaye d’expliquer la philosophie de Van Gogh dans l’article intitulé « Van Gogh Both Prometheus And Jupiter »[1] qui est disponible en ligne sur JSTOR.

L’auteur de l’article explique les significations symboliques des tableaux de Van Gogh ainsi que l’interprétation de ses actions. La plus connue d’elles est sans doute la mutilation de l’oreille par Vincent. Helen J. Dow compare cette action à une bataille d’un taureau et d’un toréador. Ces batailles étaient un divertissement commun pour les habitants d’Arles et Van Gogh lui même affirmait qu’il assistait souvent à ce spectacle. Selon la tradition, lors de la victoire le toréador coupait l’oreille du taureau tué et l’offrait à une dame. Van Gogh lui aussi avait coupé l’oreille et l’a offert à une prostituée. Ainsi il s’est présenté comme le taureau et le toréador en même temps.

« By cutting off his own ear and offering it to a lady, the artist confused the two roles of vanquished and vanquisher in one person, as though he himself were both conquered bull and victorious matador. »[2]

Pendant toute sa carrière Van Gogh accordait une grande importance au soleil. Il était pour lui non seulement la source lumineuse qui donne ces couleurs éclatantes à la nature aux toiles de Van Gogh, mais il manifestait pour lui également l’amour divin. Quoi qu’il arrive, le soleil se lève toujours. Pour Van Gogh l’éternité du soleil signifiait aussi l’éternité de la vie et de l’âme humaine.

Les étoiles manifestaient également de l’éternel. Elles étaient, selon Van Gogh, une sorte de destinations où l’âme humaine arrive après sa mort. La vie était pour lui un voyage jusqu’aux étoiles et la mort désignait l’arrivée à la destination.

« Cholera, gravel, tuberculosis, and cancer must thus be merely celestial means of locomotion, just as steamboats, buses, and railways are terrestrial ones. To die of old age is simply to travel there on foot. »[3]

La vie donc n’était pour lui qu’un passage, qu’une partie du chemin. Il refusait l’idée que la mort soit la fin définitive de la vie et il espérait, que les hommes pourraient prouver plus tard le caractère circulaire de la vie, comme ils avaient prouvé jadis la forme sphérique de la Terre.

L’auteur analyse aussi plusieurs peintures de Van Gogh et traduit le symbolisme de ces tableaux. Par exemple, elle compare le Café de nuit et la Nuit étoilée sur le Rhone. Elle explique que pour Van Gogh le café représentait le vice et la source des péchés. C’est un endroit où l’homme cède aux séductions et où toute crime est possible. Le peintre souligne cette pensée par le contraste disharmonique des couleurs, par la solitude des personnages et par la lumière artificielle.

Vincent Van Gogh, Café de nuit, 1888, huile sur toile, 70 x 89 cm, New Haven, Yale University Art Gallery, disponible sur Wikimedia Commons, consulté le 14/04/2013

Vincent Van Gogh, Café de nuit, 1888, huile sur toile, 70 x 89 cm, New Haven, Yale University Art Gallery, disponible sur Wikimedia Commons, consulté le 14/04/2013

Par cotre, la Nuit étoilée sur le Rhone, peinte peu après, est une incarnation de l’harmonie parfaite. Van Gogh a représenté une belle nuit qui est illuminée par des étoiles. Van Gogh désigne les deux chemins possibles d’un homme par l’opposition de ce tableau au Café de nuit. Selon lui, l’homme peut soit se perdre dans une vie de la ville qui est pleine des séductions et des péchés, soit il peut choisir une vie qui est en accord avec la nature. La deuxième option représente pour Van Gogh le bonheur et  le but qu’il faut atteindre.

Vincent Van Gogh, Nuit étoilée sur le Rhone, 1888, huile sur toile, 72 cm x 92 cm, Paris, musée d'Orsay, disponible sur Wikimedia Commons, consulté le 14/04/2013

Vincent Van Gogh, Nuit étoilée sur le Rhone, 1888, huile sur toile, 72 cm x 92 cm, Paris, musée d’Orsay, disponible sur Wikimedia Commons, consulté le 14/04/2013

L’artiste est destiné à dire et montrer la vérité. Cette vérité, selon Van Gogh, demande le sacrifice complet de la personne. Cependant, le peintre est affronté dans son quotidien aux problèmes qui lui empêchent de se consacrer entièrement à l’art et à la vérité. L’argent a beaucoup compliqué la vie de Vincent et il était une des raisons de sa mort prématurée.

Vincent Van Gogh rejetait pendant longtemps l’idée du suicide. Il l’envisageait pourtant. Il ne pouvait pas vendre ses toiles et il avait de plus en plus besoin de l’argent. Il comprenait sans doute comment il était difficile pour Théo de financer son grand frère. Vincent sentait qu’une nouvelle crise mentale s’approchait. Il savait qu’il n’allait pas guérir. Il s’est suicidé pour faciliter la vie des autres, il s’est sacrifié pour les autres. Mais, ayant échoué dans cette vie terrestre, Van Gogh avait peut-être trouvé sa place dans la continuité de sa vie éternelle. Comme le conclure Helen J. Dow à la fin de son article :

« Although conquered he might still be conqueror. »[4]

Par Julie Maksimova

[1] Helen J. Dow, « Van Gogh Prométhée et Jupiter », The Journal of Aesthetics and Art Criticism, Vol. 22, No. 3, printemps 1964, p. 269-288, disponible sur http://www.jstor.org/stable/427231, consulté le 14/04/2013

[2] Ibid. p. 270 : En coupant sa propre oreille et de l’offrant à une femme, l’artiste a confondu les deux rôles du vaincu et du vainqueur en une seule personne, comme s’il était lui-même à la fois taureau vaincu et le matador vainqueur.

[3] Ibid. p. 272 : Le choléra, le gravier, la tuberculose et le cancer doivent donc être un simple moyen de locomotion céleste, tout comme les bateaux à vapeur, les autobus et les chemins de fer. Mourir de vieillesse est tout simplement de s’y rendre à pied.

[4] Ibid. p. 287 : Bien que conquis, il pourrait quand même être conquérant.

Van Gogh, les images

Van Gogh Gallery

Van Gogh Gallery est une base d’information sur Vincent Van Gogh. Ici le visiteur peut trouver des données diverses. Le site propose l’information biographique sur Van Gogh, les articles sur ses œuvres les plus célèbres, les lettres, les articles sur les mouvements artistiques étant en relation avec Van Gogh, l’impact du peintre hollandais sur des artistes postérieurs et la liste des musées où les œuvres de Van Gogh peuvent êtres trouvées. Mais la partie qui va nous intéresser est la galerie virtuelle des œuvres de Van Gogh.

Catalog of Work est un catalogue complet des œuvres de Van Gogh. La galerie virtuelle compte pas seulement les peintures mais aussi les dessins, les aquarelles et les esquisses de l’artiste. Chaque œuvre est disponible en libre accès et en haute définition. Une notice complète est présente en-dessous des images. Le catalogue est classé par l’ordre alphabétique. Le visiteur peut rechercher une œuvre par nom, par mois, année, lieu d’exécution ainsi que par ville, état et pays de conservation.

Le catalogue de Van Gogh Gallery, consulté le 13/04/2013

Le catalogue de Van Gogh Gallery, consulté le 13/04/2013

Le site est commercial – il propose au visiteur de commander n’importe quelle œuvre de Van Gogh imprimée en haute qualité. Malgré cela il reste une source précieuse pour les images des tableaux de Van Gogh. Le visiteur a même une possibilité de consulter des dessins et des esquisses qui sont plus rares en version numérique. En plus, on peut trouver une œuvre sans connaître son titre, juste en utilisant le nom de musée de conservation ou l’année de l’exécution. En somme, le site est une source riche pour des recherches et il est simple et pratique en utilisation.

ArtBabble

Le site ArtBabble réunit des vidéos qui portent sur l’art et sur la production artistique. Il propose une vaste collection des vidéos sur des divers artistes. L’information est accessible librement et toutes les vidéos sont disponibles en haute qualité. Elles sont triées par thèmes, par périodes, par régions et par auteurs. Parmi des nombreux artistes présentés ici nous pouvons trouver également les vidéos sur Vincent Van Gogh et ses peintures.

La page de Van Gogh réunit 24 vidéos issues des différents musées du monde. En haut de la page on peut trouver la biographie du peintre. Le contenu des vidéos représente le plus souvent des analyses des œuvres de Van Gogh ou des recherches sur ce peintre. Par exemple, le Musée Van Gogh d’Amsterdam propose une analyse des Tournesols et d’autres peintures. La National Gallery of Art de Washington montre l’explication de l’autoportrait de 1889. Cela n’est qu’une petite partie de l’information présente sur le site.

Interface de ArtBabble, page Van Gogh

Interface de ArtBabble, page Van Gogh

Toutes les vidéos sont soit en anglais, soit sous-titrées en anglais. L’interface du site est bien faite, la structure est claire. Le site propose une vaste collection des vidéos sur des divers sujets et il permet de suivre l’actualité des recherches sur Vincent Van Gogh.

Par Julie Maksimova


Van Gogh Gallery – Catalog of Work, disponible sur http://www.vangoghgallery.com/catalog/, consulté le 13/04/2013

Van Gogh, Vincent, ArtBabble, disponible sur http://www.artbabble.org/topic/people/van-gogh-vincent, consulté le 13/04/2013

Nathalie Heinich, “La Gloire de Van Gogh”

Quel plaisir de lire les livres, feuilleter les pages, sentir le papier ! Mais, en vrai dire, lire en ligne, en utilisant les instruments portatifs, a aussi des plus. En effet, parfois c’est gratuit, accessible à tous, plus rapide. Bien sûre, le recherche de sites des ouvrages interactifs – c’est fatiguant. Mais il existe le site vraiment parfait, qui contient plus de 2 millions de livres, et qu’on peut télécharger gratuitement.

BookOS – c’est la plus grande bibliothèque numérique du monde, et ce qui est important, elle est gratuite !!!

Le moyen d’emploi de site est très simple. Sur la page principale on trouve une fenêtre de recherche, dans laquelle on peut taper le titre, le sujet ou l’auteur, et voilà ! Les ouvrages et les articles apparaissent instantanément. C’est merveilleux !

Déjà quand vous commencez à taper une demande, le site automatiquement vous montre les variantes différentes, ce qu’il pense. C’est très outil, ainsi on peut choisir parmi les livres proposés.

Capture d’écran : page principale du site BookOS, disponible sur http://fr.bookos.org (consulté en ligne 13 avril 2013)

Capture d’écran : page principale du site BookOS, disponible sur http://fr.bookos.org (consulté en ligne 13 avril 2013)

Les résultats de recherche montrent le titre, l’année, l’auteur, le format, la langue, parfois l’éditeur et le rédacteur.

BookOS – c’est une très riche ressource. On peut y trouver les livres sur l’art, sur la photographie, les biographies, les mémoires, les livres pour les enfants, les dessins animés, la cuisine, les ouvrages de la religion, de la santé, des voyages etc.

Ainsi, sur ce site on peut trouver un livre en anglais de Nathalie Heinich, The Glory of Van Gogh. An anthropology of admiration, 1999, Princeton University Presse, traduit par Paul Leduc Browne (La Gloire de Van Gogh. Essais d’anthropologie de l’admiration).

Nathalie Heinich est une sociologue française, spécialiste de l’art, titulaire d’un doctorat de l’EHESS, directrice de recherche au CNRS. Son ouvrage est construit autour de phrase de Jaques de Voragine de la Légende Dorée : « Tout le temps de la vie présente se divise en quatre parties : le temps de la déviation, de la rénovation et du retour, de la réconciliation et du pèlerinage ». Madame Heinich construit son approche de Van Gogh, qui sert non seulement à comprendre le peintre mais aussi à tester une méthode d’approche de l’artiste en général. Il s’agit donc de voir comment on fait un saint, un héros, un génie.

La légende de Van Gogh se construit sur l’idée, illusoire, qu’il a été incompris, méconnu. Un premier chapitre montre « l’affaire » : pourquoi avons-nous besoin de croire que Van Gogh a été méconnu ? Ainsi, le motif de l’incompréhension est le premier élément constitutif de la légende de Van Gogh.

Le seconde chapitre analyse la transformation du récit biographique en hagiographie : la vie de l’artiste est une vie de saint, une vie grâce à laquelle s’enclenche quelque chose nouveau. L’artiste est de ce fait instrument de régénération une référence où s’enracinera le travail des générations futures .

Le troisième et le quatrième chapitres élaborent la « réconciliation » en montrant comment se construit une conception « héroïque » de l’artiste. N. Heinich distingue trois sortes d’admiration : celle qui s’oppose à l’incompréhension ; celle, savante, qui s’oppose à une admiration ordinaire ; dominatrice, qui s’oppose à l’ordinaire qui ne serait être que dominée.

Cette distinction nous amène à une nouvelle interrogation : il ne fut pas seulement « maudit » dans sa peinture, mais aussi sacrifié dans son humanité. Comment donc sacrifice ? Madame Heinich dégage progressivement comment la singularité de l’artiste, sa folie le conduit à ce sacrifice et la société à l’ « héroïser ».

Or, allez sur BookOs, téléchargez gratuitement un livre intéressant de Nathalie Heinich, recevez le plaisir de la lecture !

Par Evgeniya Meshcheryakova

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HEINICH Nathalie, “The Glory of Van Gogh. An anthropology of admiration”, 1999, Princeton University Presse, traduit par Paul Leduc Browne, disponible sur http://fr.bookos.org/book/1062926/8d1ba0 (consulté en ligne 13 avril 2013)

Analyse de l’Autoportrait de Van Gogh de 1887

Dans le blog « se connaître » de Maryvonne Pellay, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure (physique), auteur, réalisateur et gérante de la société IDphines, on peut trouver un article sur Portrait de l’artiste de Vincent Van Gogh.

Il est indispensable de vous dire que ce blog est vraiment agréable, il propose un nouveau projet chaque semaine, on y peut trouver des tests psy de connaissance et de personnalité et aussi la rubrique encyclopédie. L’auteure propose de manière humoristique de consacrer du temps à ce que vous aimez, échanger votre opinion avec les autres lecteurs, apprendre quelque chose de nouveau sur différents champs pour en avoir une première approche.

Maryvonne Pellay nous propose une analyse de tableau de peintre hollandais, Portrait de Vincent Van Gogh de 1887, de manière structurée. Ainsi, dans son article nous pouvons trouver les rubriques : Sujet ; Composition ; Couleur, lumière ; Matière, forme. Dans la partie Sujet Maryvonne Pellay raconte à propos d’intérêt de Vincent Van Gogh à la figure humaine et au portrait. En vrai dire, l’artiste est connu de sa collection d’autoportraits. Madame Pellay ajoute que cela pouvait lié avec l’impossibilité de payer des modèles. Mais aussi, elle souligne, que Vincent Van Gogh s’intéressait à l’expression de sa propre personnalité.

Vincent Van Gogh, Autoportrait, 1887, huile sur toile, Paris Musée d'Orsay, source: Commonswiki

Vincent Van Gogh, Autoportrait, 1887, huile sur toile, Paris Musée d’Orsay, source: Commonswiki

Ce portrait d’analyse date de l’automne 1887, il s’agit de la fin de son séjour à Paris de deux ans. On peut noter que chacun de portraits de Van Gogh porte une sorte d’évènement caché :

 « L’état dans lequel je suis à ce moment là »

Le moment de ce portrait précède son départ pour Arles en automne 1887. Maryvonne Pellay souligne la joie, l’espoir de renouvellement, d’une avancée dans l’œuvre. En effet, c’est seulement en Arles Van Gogh atteindra son maturité. Mais aussi nous apercevons l’angoisse et l’agitation à cause de son départ.

Dans la partie Composition l’auteur nous dit que l’autoportrait de Van Gogh est véritable travail au miroir. Maryvonne Pellay explique d’une manière simple toute la dynamique de tableau, la structure, les lignes. Elle parle de sa touche incroyable, de but de tableau pour créer un mouvement à l’intérieure.

De la partie Couleur, lumière on apprend que ce tableau de Van Gogh est le dépassement de l’impressionnisme à la nouvelle avant-garde. Maryvonne Pellay souligne que l’autoportrait date d’après la maladie de son frère Théo, cela peut expliquer un désir violent d’une lumière plus forte et l’intuition d’une utilisation nouvelle de la couleur et de la touche. La technique personnelle affirme brusquement ici. On distinct un ocre pour le visage, bleu pour le fond et vert pour la veste.

Dans la partie Matière, forme l’auteur raconte des touches de Van Gogh, qui sont dynamiques, larges et zébrées. On sent l’annonce des fauves et de l’expressionnisme.

On peut ajouter que ce blog est vraiment bien fait. Les articles sont courts et intéressants. En vrai dire le Web nous propose bien plus d’informations que nous ne pouvons en absorber, mais ce blog nous donne les pistes pour que nous pouvons poursuivre nos propres recherches d’information et soulever des questions à approfondir.

Par Evgeniya Meshcheryakova

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Maryvonne Pellay, “Portrait de l’artiste de Vincent Van Gogh”, publié dans le blog Se connaitre, 2010, disponible sur http://mieux-se-connaitre.com/?p=2386 (consulté en ligne 12 avril 2013)

La Nuit étoilée : la folie d’un peintre maudit ou un travail réfléchi ?

Le Canal Éducatif à la Demande est un site internet créé par des jeunes chercheurs en histoire de l’art et d’autres matières. Le principe est de mettre les vidéos éducatives gratuites sur un sujet demandé par le public et surtout par des enseignants. Les vidéos sont libres d’accès (il faut quand même créer un compte mais l’utilisation du site est gratuite), elles sont toutes en haute qualité et les sous-titres en plusieurs langues sont disponibles. Le contenu se renouvelle et des nouvelles vidéos sont ajoutées régulièrement. Sous chacune des vidéos se trouve un entretien qui sert à expliquer quelques points abordés. En plus, les spectateurs peuvent laisser leurs commentaires et évaluer l’information proposée.

L'interface du Canal éducatif

L’interface du Canal éducatif

L’Art en Question est une rubrique consacrée à l’histoire de l’art.  La première vidéo est celle dont nous allons parler – Van Gogh : La Nuit étoilée. Bien évidemment ce tableau célèbre et le sujet de la recherche. Les auteurs de l’étude essayent de répondre à la problématique suivante : d’où vient la puissance de cette Nuit étoilée ? De la folie d’un peintre maudit ou d’une stratégie bien calculée ?

La folie de Van Gogh était pendant longtemps considérée comme la source de l’expressivité de ses tableaux. Pourtant les auteurs ne sont pas tout à fait d’accord avec cette conviction. D’après eux, dans la Nuit étoilée Van Gogh avait proposé au spectateur une composition réfléchie et structurée. Le peintre oppose ici la représentation calme et équilibrée de la ville au ciel chaotique. On y trouve un contraste de la touche et des couleurs, une opposition du dynamique et du statique. Selon les auteurs la touche expressive de Van Gogh dans sa Nuit étoilée n’est pas un reflet de sa folie. Au contraire, ils pensent que c’est un résultat d’un travail élaboré et réfléchi. En plus, ils insistent sur le fait que toutes les œuvres de Van Gogh « sont cohérentes entre elles et répondent à un projet longuement décrit à travers ses lettres »[1].

Vincent Van Gogh, 1889, huile sur toile, 73.0 x 92.0 cm, source: Google Art Project

Vincent Van Gogh, 1889, huile sur toile, 73.0 x 92.0 cm, source: Google Art Project

Pour conclure on peut dire que le canal éducatif à la demande peut être utile pour ceux qui veulent apprendre une nouvelle information ou approfondir leurs connaissances. Il peut surtout être pratique aux enseignants souhaitant projeter des vidéos en haute qualité. Le plus grand atout de ce site est la possibilité de définir le sujet de la prochaine vidéo. La recherche des auteurs est sérieuse et l’information qu’ils donnent est intéressante et fiable. Le site incarne parfaitement le but des Digital Humanities – numériser le savoir en sciences humaines et le partager.

Par Julie Maksimova

[1] Côme Fabre, « Van Gogh : le faux peintre maudit ? », Le Canal éducatif, 2012, http://www.canal-educatif.fr/videos/art/27/vangogh-art-en-question-1/van-gogh-nuit.html, consulté le 12/04/2013

La représentation de la nuit au Moma

Le Moma propose des minisites  pour les expositions qu’il a tenu depuis plusieurs années. Nous pouvons donc retrouver une exposition datant de 2008: Van Gogh and the Colors of the Night. L’interface prend beaucoup de temps à charger et son format flash ne doit pas être pris en charge par tous les ordinateurs mais le résultat est agréable, élégant et donne immédiatement envie au lecteur d’explorer le site. Un enregistrement audio du directeur du musée nous décrit brièvement la problématique de cet exposition incarnée dans une phrase tirée d’une lettres de Van Gogh d’avril 1888:

“Imagination enables us to create a more exalting and  consoling nature than what just a glance of reality allows us to perceive. A starry sky for exemple.[1]

Il écrivait cela un peu avant de peindre le tableau de la nuit étoilée, tableau phare de cette exposition. On nous propose donc de voir comment Van Gogh était inspiré par les enjeux proposés par le motif nocturne, allant du crépuscule à l’aube.  Le site web répertorie les tableaux en différentes catégories thématiques:

  • Ses paysages plus précoces qui étudient plus simplement les effets de lumière. On peut se questionner sur les divisions puisque l’on retrouve dans cette catégorie qualifiée de “early” une toile de 1887, sept ans après les débuts du peintre…
  • La vie paysanne, peintures principalement réalisées en 1885, à l’exception de la toile Nuit  de 1889 inspirée de Jean-François Millet.
  • Semeurs et champs de blé, rassemblant des toiles réalisées à Arles et qui rappellent les estampes japonaises. Le jaune et le violet ont une place prépondérante dans la peinture de cette époque. On retrouve dans cette catégorie plusieurs croquis extraits de ses correspondances.
  • Les représentations de la ville de nuit sont des œuvres intéressantes puisque la production du peintre est plus rarement envisagée du coté de la vie moderne. On voit pourtant que Van Gogh a représenté des salles de danse et des cafés. Par exemple, dans The night café de 1888, les ampoules semblent diffuser leur énergie par des raies circulaires qui rappellent son traitement des étoiles. Van Gogh utilise le vert et le rouge les passions humaines. Selon lui, si le peintre représentait de manière naturaliste les couleurs ou les formes, il ne pourrait pas rendre avec autant de puissance les émotions.
The night café, Vincent Van Gogh, 1888Huile sur toile, 72.4 x 92.1 cm, Yale University Art Gallery, Source: http://artgallery.yale.edu/pages/collection/popups/pc_modern/details11.html

The night café, Vincent Van Gogh, 1888
Huile sur toile, 72.4 x 92.1 cm, Yale University Art Gallery, Source: http://artgallery.yale.edu/pages/collection/popups/pc_modern/details11.html

  • Et finalement la nuit à la campagne, où l’aboutissement de son travail s’incarne dans la Nuit étoilée de 1889. Van Gogh voyait en le vaste ciel une manifestation de la puissance de la nature, qui le réconfortait dans la vie de tous les jours et rappelait à la fois l’éternité.
Capture d'écran: page descriptive du tableau Lane of Poplars at Sunset, 1884, huile sur toile, 45.8 x 32.2 cm, Kröller-Müller Museum, Otterlo, disponible sur http://www.moma.org/interactives/exhibitions/2008/vangoghnight/flashsite/

Capture d’écran: page descriptive du tableau Lane of Poplars at Sunset, 1884, huile sur toile, 45.8 x 32.2 cm, Kröller-Müller Museum, Otterlo, disponible sur http://www.moma.org/interactives/exhibitions/2008/vangoghnight/flashsite/

Chaque œuvre est accompagnée de notices précises et complètes, parfois aussi d’extraits de correspondance sur un croquis ou une toile. Certaines sont accompagnées de commentaires audio, dans le style des audio guides que l’on peut se procurer dans les musées contre une somme d’argent. Par exemple, l’œuvre ci-haut est analysée comme une représentation de la tristesse et de la solitude du personnage/peintre. Les couleurs sombres et le moment automnal rappelle la fin d’une saison, la mort.

Exemple de grossissement, Lane of Poplars at Sunset, 1884, huile sur toile, 45.8 x 32.2 cm, Kröller-Müller Museum, Otterlo, disponible sur http://www.moma.org/interactives/exhibitions/2008/vangoghnight/flashsite/

Exemple de grossissement, Lane of Poplars at Sunset, 1884, huile sur toile, 45.8 x 32.2 cm, Kröller-Müller Museum, Otterlo, disponible sur http://www.moma.org/interactives/exhibitions/2008/vangoghnight/flashsite/

Nous avons aussi apprécié le grossissement possible sur les œuvres qui est d’une grande qualité et qui permet d’observer avec minutie la touche du peintre grâce aux outils technologiques. Le site propose finalement des suggestions de lecture qui ont pu influencer l’œuvre du peintre.

Le site web est donc simple, facilement navigable (lorsque l’on possède un ordinateur adapté) et pourra satisfaire les curieux amateurs d’art ou faciliter une première approche plus poussée sur le travail du peintre. On regrette toutefois l’absence de module de recherche ainsi qu’une bibliographie, à la manière d’un réel catalogue d’exposition.

Par Marianne Breault


[1] L’imagination nous autorise à créer une nature plus exaltante et consolante que ce qu’un simple coup d’œil sur la réalité nous permet de percevoir. Un ciel étoilé par exemple.

L’énigme de la digitale pourprée

Persée – c’est une bibliothèque en ligne et en libre accès de revues scientifiques françaises en sciences humaines et sociales, crée par le ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le site est vraiment outil pour tous les chercheurs. En effet, la navigation est simple. En vrai dire, Persée s’appuie sur une présentation arborescente des revues à laquelle les chercheurs sont habitués, et propose également des navigations transversales par rebonds (citations, auteurs, nuage de tags).

Ainsi, dans cette bibliothèque on peut trouver un article numérisé, qui était publié dans le Revue d’histoire de la pharmacie – La digitale pourprée dans les deux portraits du Dr Gachet peints par Van Gogh à Auvers en 1890 : symbole ou signe de son utilisation ?  Cet article a été fait par un des collaborateurs de la revue, Michel Paris, en 1996. Pour répondre à cette question posée, l’auteur propose deux hypothèses. On peut noter que cet article insère les extraits de la correspondance de Van Gogh, les illustrations qui nous permettent de mieux comprendre le contexte, le sujet, les expressions.

Au début d’analyse, pour nous mettre mieux au courant, l’auteur commence par une histoire de la création de deux portraits de Dr Gachet. Il raconte que Vincent Van Gogh est arrivé à Auvers sur Oise 20 mai 1890. Il était impressionné par cette campagne pittoresque. Là-bas il voyait M. le Docteur Gachet. Le 3 juin il est venu travailler à la maison du Docteur. À vrai dire, ce dernier a posé pour l’artiste pour son portrait. Pour justifier tout cela, Michel Paris nous montre l’extrait de la correspondance de Van Gogh avec Théo :

« Je travaille à son portrait la tête avec une casque blanche, très blonde, très claire, les mains aussi à carnation claire, un frac bleu et un fond bleu cobalt, appuyé sur une table rouge sur laquelle un livre jaune et une plante de digitale à fleurs pourpres…M. Gachet est absolument fanatique pour ce portrait et veut que j’en fasse un pour lui ».

Ainsi Vincent a fait deux portraits. La deuxième c’était la copie pour Docteur.

Vincent Van Gogh, Portrait du Dr Gachet, 1890, huile sur toile, 66x57 cm, collection privée, source: commons.wiki

Vincent Van Gogh, Portrait du Dr Gachet, 1890, huile sur toile, 66×57 cm, collection privée, source: commons.wiki

Ensuite Michel Paris tente d’expliquer la présence de la digitale pourpre dans les deux portraits. Ainsi, il propose deux hypothèses. La première lui conduit à rechercher la trace d’une prescription par le médecin de cette plante médicale. L’auteur raconte quelques faits de M. Gachet, qu’il était une sorte de médecin généraliste, amateur da la peinture, adepte de l’homéopathie et de la phytothérapie. Michel Paris parle de l’existence d’une nomenclature des médicaments utilisés par le Dr Gachet, parmi lesquels figure l’extrait et les feuilles de digitale, mais il n’y a aucune trace de prescriptions.

L’auteur commence à étudier l’utilisation de digitale dans la médecine, les doses différentes et ses conséquences. Michel Paris utilise dans cet article une référence sur un livre de Cazin daté de 1876, d’où il a retenu une description de cette plante médicale. Dans l’ouvrage de Cazin on peut trouver que la digitale puisse être utilisé contre l’épilepsie. Ensuite, Michel Paris précise que la maladie de Van Gogh avait été reconnue à tord comme de l’épilepsie, mais toutefois qu’il était soigné de la même façon que les épileptiques. D’où on peut faire la conclusion qu’il est probable que Dr Gachet a utilisé la digitale comme médicament, mais on ne peut pas l’affirmer avec l’exactitude.

La seconde hypothèse consiste du symbole. Dans cette partie d’analyse, Michel Paris propose un extrait de curriculum vitae du Dr Paul-Ferdinand Gachet écrit par son fils Paul :

« Lorsque Vincent fit le portrait du Dr Gachet, il s’agit de mettre quelque part une plante symbolique l’une de ses préoccupations professionnelles : la digitale fut choisie, mais ce nom n’évoqua pas la plante à l’esprit du peintre. Il soumis à son modèle le croquis. Le docteur riposta – de façon suffisante il faut croire, car – Vincent s’écria « Digitalis ». Il avait compris ».

Ensuite Michel Paris précise que Paul Gachet a apporté deux rameux fleuris de leur jardin, pour que Vincent peigne la digitale d’après nature.

Il n’y a aucun doute que l’ajout d’une plante apporte une signification symbolique, mais elle conserve encore son secret. Michel Paris insiste sur le fait qu’il est souvent que Van Gogh utilise dans sa peinture des symboles, par exemple le cas du blé, dont la couleur évoque le brunissement des épis agités. Ces nuances donnent à la peinture de Vincent Van Gogh une originalité et un mystère.

Par Evgeniya Meshcheryakova

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PARIS Michel, “La digitale pourprée dans les deux portraits du Dr Gachet peints par Van Gogh à Auvers en 1890 : symbole ou signe de son utilisation ?” , Revue d’histoire de la pharmacie, 1996, Volume 84, Numéro 312, pp. 503-507, Disponible sur http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_1996_num_84_312_6286 (Consulté en ligne 1 avril 2013)

Gabriel-Albert Aurier sur Vincent Van Gogh

Gabriel-Albert Aurier – critique d’art et théoricien de l’art est l’un de fondateurs de Mercure de France dans lequel il a publié de nombreux articles sur des peintres alors peu connus : Paul Gauguin, Van Gogh, Gustave Moreau, Monet, Renoir. Il a écrit le premier un article sur Vincent Van Gogh. On peut ajouter qu’après la parution de son écrit sur Van Gogh en janvier 1890, l’artiste lui répondait dans une longue lettre. Cet échange entre les deux hommes a été conservé dans une célèbre correspondance de Van Gogh.

Le site agréable MercureWiki, un outil collaboratif destiné à éditer la revue d’Alfred Vallette, depuis sa création en 1890, propose nous l’article « Les Isolés, Vincent van Gogh », Mercure de France, t. I, n°1, janvier 1890, p. 24-29 de G.-A. Aurier. On peut ajouter que le contenu de MercureWiki est très varié. En vrai dire, l’information est à la fois disponible en mode texte, pour une lecture linéaire, et en mode fac-similé, où chaque page de texte est mise en vis-à-vis de son image originale. De plus la navigation sur ce site est outille. Pour trouver les articles consultez les sommaires et cliquez sur le titre de l’article, que vous intéresse. Il est possible aussi consulter l’index des auteurs, ou naviguer par genres, qui peuvent aider à vos recherches et économiser le temps. En effet, ce portail wiki est le produit du travail des étudiants en Master de l’Université Reims Champagne Ardenne, sous la direction de Julien Schuh.

Dans cet article « Les Isolés, Vincent van Gogh », qui grâce aux digital humanities est devenue accessible pour tout le monde, G. Albert Aurier parle d’une première impression que laissent les œuvres de Van Gogh, de son esprit curieux, de son talent. Donc, Monsieur Aurier compare l’artiste avec les autres peintres des Pays-Bas. Il décrit comment les oeuvres de Vincent sont loin des toiles charmeuses, bourgeoise et minutieuses de Van der Meer, de Van der Heyden… Selon lui Van Gogh est loin des délicates couleurs un peu nuageuses des Pays du Nord, de leur exécution honnête et scrupuleuse. Toutefois le théoricien d’art ne critique jamais Van Gogh. Au contraire, il dit que les œuvres de vieux maîtres sont très protestantes, très républicaines, et génialement banales. Il dit qu’ils ont tort d’être tous pères de familles et bourgmestres.

Pour Gabriel-Albert Aurier, Vincent Van Gogh est un réaliste. Ses œuvres sont remplies de la véracité naïve, de l’ingénuité de sa vision. Mais de plus, on observe dans ses toiles un dur labeur : le choix des sujets, la conscience des notes des caractères, le recherche du signe essentiel de chaque chose. Van Gogh reste toujours sincère dans ses toiles, et il nous montre toujours son grand amour de la nature et du vrai.

Monsieur  Albert souligne que, ce qui particularise son œuvre entière, c’est l’excès: l’excès en la force, la nervosité, la violence en l’expression. Ainsi dans sa simplification des formes, dans son dessin, dans sa couleur se révèlent un artiste puissant et oseur. Vincent Van Gogh, contrairement aux vieux maîtres, est un ennemi des sobriétés bourgeoises et des minuties. Son art est comparable avec une lave de vulcain –  il est irrésistible, affolé de génie, sublime et grotesque. Mais chaque fois, en contemplant ses tableaux, on sent l’intensité douloureuse, le caractère secret de ses formes et de lignes. Plus encore, les couleurs et la lumière qui ajoutent l’irisation aux œuvres.

Le Semeur, Vincent Van Gogh, 1889, huile sur toile, 80×64, New York, Private collection, source: Wikimedia Commons

Le critique d’art parle aussi de l’artiste comme symboliste, aspect qui se trouve dans la recherche constante de revêtir ses idées de formes précises. Sous toute sa peinture se cache un esprit, une pensée, une idée. Ses couleurs, ses lignes servent pour lui des moyens expressifs. Comment peut-on traiter le Semeur ? C’est la nécessité d’un homme, d’un messie, semeur de vérité qui arrive nous sauver ?

Vincent Van Gogh n’est pas simplement un grand peintre, mais aussi un grand rêveur. Il a voulut rénover l’art. Longtemps, il a eu une idée d’inventer une peinture simple, populaire, possible d’émouvoir tout le monde. Ainsi dans le tableau le Zouave on voit cette netteté, cette tendance vers la simplification de l’art, que l’on retrouve d’ailleurs dans tout son œuvre.

Le Zouave (demi-figure), Vincent Van Gogh, 1888, huile sur toile, 65 cm x 54 cm, Amsterdam, Van Gogh Museum, source : Wikimedia Commons

En ce qui concerne la technique, elle est absolument liée au tempérament d’artiste. Dans toutes ses œuvres, l’exécution est vigoureuse, brutale, intensive. Son dessin est puissant. Sa couleur est éblouissante. Ses recherches de colorations d’ombres, d’influences de tons sur tons nous bouleversent.

Dans cet article, Gabriel-Albert Aurier a essayé de nous expliquer ce curieux esprit qu’a Vincent Van Gogh, qui, selon lui, ne sera jamais pleinement compris.

Par Evgeniya Mechsheryakova

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G.-Albert Aurier, « Les Isolés, Vincent van Gogh », Mercure de France, t. I, n° 1, janvier 1890, p. 24-29, Disponible sur http://www.formationpatrimoinetroyes.fr/mercurewiki/index.php5?title=Les_Isolés,_Vincent_van_Gogh (Consulté en ligne 29 mars 2013)